Bulletin d'Information
des Carmes Déchaux de la Délégation Burundi-Rwanda en RCA
des Carmes Déchaux de la Délégation Burundi-Rwanda en RCA
EDITORAL
Dans notre dernier numéro, notre réflexion était focalisée sur la place qu’occupe la famille dans la vie chrétienne. Les défis que cette dernière nous lance sont multiples. Mais, il y a lieu d’espérer. C’est la promesse du Seigneur d’être avec nous jusqu’à la fin des temps. Pour marcher avec Lui, il nous faut une chose : accepter de ne rien posséder, de sortir de soi, de se quitter afin d’entrer plus profondément en Lui. Cet enracinement en Jésus Christ suppose une vie qui est totalement don à l’Autre, car, le cœur qui aima ne vit plus en soi mais en celui qui fait l’objet de son amour. L’amour supporte tout. C’est ce que nous dit nous dit notre sœur Elisabeth de la Trinité lorsqu’elle écrit : « Toute âme broyé par la souffrance sous quelque forme qu’elle se présente peut se dire : J’habite avec Jésus Christ, nous vivons dans l’intimité, la même demeure nous abrite » (L 314). Cette vie d’union avec Dieu ne peut se réaliser véritablement que si nous accueillons l’autre en ce qu’il est. Un tel passage ne se produit pas sans peine. D’où la nécessité de nous y exercer à travers nos œuvres de charité et notre vie de prière. La prière nous établit en communion avec ceux qui nous ont précédés dont nous sommes en quelque sorte héritiers. Elle unit l’homme à son Créateur, à son semblable et à lui-même. Dans la prière se produit comme une métamorphose de l’être, un échange merveilleux si bien que l’âme, unie à son Bien-Aimé, n’a point d’autres soupirs que de plaire à Dieu. De là découle un nouveau regard de notre vie, de notre mission. C’est ce que Saint Raphael nous apprend. S’unir à Dieu, mettre en lui toute notre confiance. Voilà ce qui nous donne la force de supporter toutes les épreuves : amour éprouvé, amour prouvé ! Thierry de l’Enfant Jésus et de la Passion, un jeune carme camerounais, mort d’un cancer il y a deux ans, nous montre que pour celui qui espère tout est possible. Dans sa souffrance, il a su se conformer au Christ. Un tel témoigne ne peut pas ne pas nous toucher, nous qui n’aimons qu’une vie loyale et noble. Puisse ce temps de Carême dont nous sommes entrés de vivre être pour tout et chacun un moment de grâce et de renouvellement. Que nos prières et nos privations nous plongent davantage dans le mystère de notre Seigneur qui n’a pas dédaigné de souffrir afin de faire de nous des enfants de Dieu. JOYEUSE PAQUES A TOUS ET A TOUTES ! Frère Gallican et tous les Frères du Couvent St. Elie à Bouar—RCA
LES VACANCES AU CAMEROUN DES FRÈRES
JEAN MARIE VIANNEY, JEAN PAUL ET VIANNEY
A l’aube de la solennité de notre Dame du Mont carmel, voici que le moment arriva de se déplacer pour un petit séjour au Cameroun. Il fallait à tout prix arriver à destination de la première étape dans un lieu où on pouvait chanter le Salve Regina. Et voilà, comme l’on dit, l’homme propose et Dieu dispose. Nous avons célébré la fête de notre Reine au centre d’accueil de Garouaboulai tout près de la frontière RCA -Cameroun. Après la pluie, le beau temps, dit le proverbe, mais loin d’abuser de langage, nous sommes arrivés à Dimako où nous avons été accueillis par les sœurs Carmélites de l’Enfant Jésus. Comme la famille carmélitaine est étendue dans tous les coins, l’oraison et la prière commune nous a prouvé une petite consolation, ceci pour continuer la route qui mène à destination. Nous n’envisageons pas de vous décrire tout le parcours que nous avons effectue, mais notre but de vous partager les expériences vécues dans l’espérance d’arriver toujours au but. La providence n’abandonne jamais ceux qui mettent leur confiance en elle. Un certain Théophile, père des Pauliniens nous a pris à bord de sa voiture jusqu’au couvent des Pères Carmes Déchaux de Nkolbison : scolasticat sous le patronage de Sainte Edith Stein. Nous n’oublierons jamais l’accueil des frères de ce couvent. Cependant un bon nombre de frères était en congé, mais voici ceux qui nous ont chaleureusement émerveillés : Père Georges, Supérieur entouré par trois postulants : Pascal Manu, Jean Baptiste et François Xavier. La visite à la tombe du Fr. Jean Thierry Ebogo et le partage que Père Supérieur de la communauté nous a fait sur sa figure nous ont fait oublier les tourments et les souffrances que nous avions endurés tout au long du voyage. La visite des Moniales du Carmel Christ Roi de Yaoundé Le deuxième jour de notre arrivée au Cameroun a été consacré à la visite des du Christ Roi, sœurs moniales implantées à ETOUDI, au centre ville de Yaoundé. Les Moniales Déchaussées de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel de Yaoundé vivent dans l’action de grâce. Qu’il est bon de contempler le Dieu Vivant avec un cœur dilaté de son amour ! Le monastère vit d’une part des secours venant de la France et les sœurs Camerounaises dont deux sœurs âgées : sœur Joséphine et sœur Marie de Jésus. La communauté se rassemble autour d’elles pour écouter leur sagesse et leurs historiettes ainsi que la relation des expériences diverses qui ont marqués leur vie. Comme elles ne voient plus, c’est grâce à la confiance qu’elles ont mise dans leurs consœurs qui leur offrent un service de charité, selon l’esprit de notre règle, qu’elles se déplacent. Pour celui qui met sa foi dans le Seigneur, rien n’est sombre devant lui. Combien il est bon de persévérer dans l’amour de Dieu. Nul ne pourrait s’émerveiller davantage en voyant la fierté brillante des visages des sœurs qui n’attendent que le jour où la voix de l’Epoux leur dira : « Venez tous les bénis de mon père recevoir le Royaume préparé pour vous avant la création du monde. » Grace à l’accueil et au partage des moniales d’Etoudi, nous avons fait l’expérience de cet esprit de communion fraternelle qui doit caractériser les fils et les filles des Saints ermites. A notre tour, comme tout Burundais et Rwandais, digne de ce nom, nous avons pris dans nos recueils un refrain doux et méditatif avec nos gestes et modes de danses pour signifier notre gratitude et glorifier le bon Dieu en ces mots : « Niba uhoraho ari amahoro yawe,Komeza inzira watangiye wicika intege wahisemo neza Nyagasani muri kumwe ». Cela nous fait comprendre que : « Nous sommes rassemblés au Carmel de tous les horizons pour établir une nouvelle parenté dans le Jésus Christ». Une famille qui n’a plus de limites et qui est ouverte à toutes les diversités !JEAN MARIE VIANNEY, JEAN PAUL ET VIANNEY
La promesse des 150 fidèles de la paroisse de Nkoabang
Ce que nous ne pouvons nier c’est l’élan apostolique que le Carmel camerounais a déjà atteint, disons mieux est entrain de réaliser. De quoi s’agit –il ? Il s’agit de la fraternité du Tiers Ordre qui se développe dans les environs de la paroisse. En effet, la date du 29 juillet 2008, était le grand jour pour la paroisse de Nkoabang : en général pour avoir accueilli 150 fidèles comme nouveaux témoins de l’amour de Dieu et en particulier en faveur du carmel pour la fructification de la semence jetée en terre fertile par la mission. Le Tiers Ordre au Cameroun s’agrandit de plus en plus et la manière de vivre le charisme carmélitain s’enrichit davantage. Ces hommes et femmes viennent de tous les coins du Cameroun et se rassemblent fréquemment pour méditer la parole de Dieu et partager leurs expériences. Tandis qu’au cœur de chaque famille s’installe une manière de vivre la solitude et l’oraison enseignée par notre Madre. Un des tertiaires nous disait que, pour lui, le couple peut aisément faire l’oraison et la récitation des psaumes pour être en lien étroit avec les Frères Carmes Déchaux et l’Eglise. On souligne le rôle prépondérant que le Tiers Ordre peut jouer dans l’apostolat du carmel : essayer d’être le miroir des chrétiens en montrant la face de celui qui est contemplé dans l’oraison. Le carmel laïc est un enracinement vivant et engagé dans l’esprit de l’évangile et un témoignage devant le défi de l’Evangélisation actuelle. Au retour de la paroisse de Nkoabang, nous avons pu visiter la famille de Jean Thierry. De cette visite nous signalons le témoignage de sa Famille. Une famille profondément chrétienne, qui avait un grand désir de consacrer leurs enfants au Seigneur. Voilà que Thierry s’est présenté pour répondre à l’appel de Dieu et au souhait de ses parents. La maman de Thierry nous a confié que son enfant a visité une seule fois sa famille après son entrée au Carmel. Elle a enduré une grande souffrance pendant que son enfant faisait sa course spirituelle et purificatrice. Mais, pour le moment, disait-elle, je suis comblée de joie, car il nous a précédés dans la maison du Père triomphalement. LA FIGURE DE JEAN THIERRY EBOGO DE L’ENFANT JÉSUS
ET DE LA PASSION (1982-2006)
1. Qui est Thierry ?
Il est fils d’une famille profondément chrétienne dès le début de leur vie conjugale. Son père BIKOULA René est Gardien de la paix et sa mère, ASSUENGUE EDOA Marie Thérèse, enseignante. Il est né le 04 février 1982 à Mankom (Bamenda). Baptisé dès son bas âge, il reçoit sa première communion le 29 mai 1994 à Guider(Garoua). Les notes biographiques racontent qu’il a terminé son cycle estudiantin avec un grand succès et dans un court délai. Il a senti la soif de servir le Seigneur dès son enfance. La preuve en est qu’il a refusé de commencer le second cycle au Lycée. Il voulait continuer là où il pourrait facilement répondre à sa vocation sacerdotale. Cet esprit n’est pas resté dans sa pensée, mais il l’a révélé à ses parents qui ne se sont jamais opposés à ses désirs. Pour des raisons familiales, il n’a pas pu terminer son cycle au Séminaire puisque ces derniers furent affectés à Monatelé. Il a choisi de faire son baccalauréat dans la série scientifique et l’a obtenu au lycée de Monatélé en 2002. Membre du groupe vocationnel, il fut suivi par les pères Oblats de Marie Immaculée. 2. Dans la recherche de sa vocation
Apres qu’il eut décroché son diplôme d’humanité, il entre chez eux pour ne faire qu’une année de pré-noviciat laquelle se termine par une autre orientation. Il regagna sa famille à Yaoundé. C’est là qu’il prendra contact avec les Carmes. Avec les conseils de ses guides, il demande aux Pères de Nkoabang de faire l’expérience de leur genre de vie. Dans une courte durée, il s’adapte facilement à la vie du Carmel. Il est ouvert et disponible pour faire tout ce qui est à la mesure de ses aptitudes. Ses collègues sont pris d’étonnement à la vue de son zèle et restent marqués par son exemple.
3. Thierry au Carmel
Grâce à la spiritualité carmélitaine, Thierry a pris un élan étonnant. Les figures mystiques du Carmel l’ont fasciné. Il a exprimé ceci dans le mystère qu’il choisira lors de la prise d’habit : Jean Thiery de l’Enfant Jésus et de la Passion. Ce nom se réfère à l’Enfance et aux souffrances de Jésus-Christ. C’est au cours d’un match de football, à la fin du mois de mai 2004, que le mystère de sa souffrance commença par un petit choc au pied. L’épreuve du Cancer généralisé dont il sera la proie va lui permettre de se configurer davantage à son Seigneur. Le 18 octobre 2004, on décide l’amputation du pied droit jusqu’au genou. Il donna son corps pour les vocations sacerdotales et religieuses en général et en particulier pour le carmel. Après les analyses et les examens des médecins, il fut transféré en Italie. Certes, cet envoie à l’étranger peut être considéré comme une mission. Dans sa chambre de l’hôpital de Legnano, nombreux sont les gens qui s’émerveillent et rendent grâce à Dieu au sujet de Thierry qui, au-delà de toute souffrance, ne manque pas de leur exprimer sa joie d’offrir toute sa vie en sacrifice. Le 18 novembre 2004, dans son lit d’hôpital, il commence son noviciat qu’il va achever le 08 décembre 2005 par la profession perpétuelle dans les mains du Père provincial de Milan. Voici le nom que lui-même va signer sur sa feuille de profession : Jean Thierry EBOGO de l’Enfant Jésus et de la Passion, car toute sa vie fut marquée par le mystère de l’Enfance et de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ. Il ne lui reste que quelques mois pour rejoindre son Bien –Aimé. Le 4 janvier 2006, il communie pour la dernière fois au Corps et au Sang du Christ pendant la messe célébrée dans sa chambre d’hospitalisation. Le 5 janvier 2006, Il célébrera l’Epiphanie au paradis avec Jésus Christ qui lui découvre son visage. Jean Thierry aujourd’hui entraine une foule de gens de toutes confessions religieuses qui affluent vers le lieu où il repose. La communauté de Nkolbisson se rassemble chaque samedi autour de sa tombe pour honorer la vierge Marie par la récitation du chapelet.
Fr. Jean Marie Vianney Sakubu
LA RENTREE ACADEMIQUE
Fr. Jean Mari Vianney Uwamungu
REPORTAGE D’UNE SORTIE COMMUNAUTAIRE DES FRÈRES CARMES
DU COUVENT SAINT ELIE DE BOUAR À MOUNDOU AU TCHAD
Fr. Jean Claude Ndatimana
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CENTENAIRES
EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
Certes l’an 2007 que nous venons de boucler ne reviendra pas. Mais ce qui est sûr et certain c’est que, les événements que les Carmes de la Délégation centrafricaine ont vécus durant cette année marquera toute leur vie et mériteraient d’avoir une page à part dans l’Histoire de cette Délégation qui a vu le jour en 1971. Tout commence avec la lettre que le Provincial de Gênes, le Révérend Père Justino ZOPPI de Jésus Eucharistie adresse aux Frères de cette délégation. Comme objet, cette lettre portait la célébration solennelle du Centenaire de «l’entrée en vie» de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité. Obéissants à leur provincial, comme ils l’ont d’ailleurs toujours été, les frères de cette délégation ont pris en considération les souhaits de celui-ci. Ils mettent en place une commission de suivi, dont le Supérieur de St Elie le Père Marcello Bartolomeo est le président. Sont membres de cette commission également le Père Constantin Kabasubabu du Saint Rosaire, vice-prieur de Saint Elie et maître des étudiants ; le Père Fryderyk Jaworski, socius du père maître des étudiants, ainsi que tous les frères de vœux solennels que comptait la maison. Il s’agissait des Frères Jean Bosco Cishahayo de l’Incarnation, Daniel Kourousou des Anges et Mesmin Dingbedi de la Sainte Famille. Sous le haut patronnage de la dite commission, plusieurs événements ont été organisés et exécutés avec le concours de tous les frères étudiants, de nos cadets de la Yole et de la jeunesse carmélitaine. Nous citerons ici entre autres, les projections cinématographiques et les documentaires sur Elisabeth de la Trinité, les soirées culturelles, sans oublier les multiples conférences et journées de réflexion sur la vie et l’œuvre de la Petite Sainte de Dijon. Ces événements ont rassemblé des centaines de personnes consacrées, laïques et prêtres diocésains. La majeure partie de toutes ces manifestations ont eu lieu dans les enceintes du Couvent Saint Elie, sis, au quartier Hermann-brousse. Je ne sais au nom de quelle ingratitude je ne mentionnerais pas ici, que le Centre Jeunes Saint Joseph a aussi accueilli en son sein d’autres manifestations. Les autres maisons des Carmes de cette délégation ont, chacune, selon ses obligations pastorales, organisée soit une conférence, soit une journée de réflexion sur la vie de la fille aînée de Monsieur Joseph Catez. Les festivités qui ont bouclé cette année jubilaire ont pris place Le dimanche 11 novembre 2007. Elles ont débuté par une Eucharistie qu’a présidée son Excellence Monseigneur Armando Gianni Evêque de Bouar. Au cours de son homélie, le président de cette Eucharistie est revenu sur les grands événements qui ont marqué la vie d’Elisabeth de la Trinité. Insistant surtout sur l’amour de l’Eucharistie qu’avait cette jeune âme de 26 ans et son désir profond de devenir un jour une demeure de la Très Sainte Trinité, Monseigneur l’Evêque a pris le soin de présenter aux centaines de fidèles qui prenaient part à cette Eucharistie la figure d’Elisabeth de la Trinité comme modèle de la Sainteté à imiter. Dans l’après midi de la même journée, le Centre Jeunes Saint Joseph accueillait une soirée culturelle organisée en l’honneur de la jeune Carmélite de Dijon. Danses traditionnelles, modernes, et poésies entrecoupées par les actes d’une pièce théâtrale ont été présentées devant un public estimé entre deux et quatre cents personnes toutes catégories sociales et âges confondus. Cette pièce, écrite par notre confrère Cyriaque Jessy-Soumbou de la très sainte Trinité, illustrait les combats quotidiens qu’a dû affronter notre sœur avant et après son entrée au Carmel jusqu’à sa naissance au Ciel. Cette pièce a été exécutée par la troupe théâtrale de la Jeunesse Carmélitaine sous la direction de leur Aumônier le Père Constantin Kabasubabu. Quels sont les fruits qu’ont produits nos efforts ? Il est trop tôt pour inventorier ce qu’ont produit toutes ces manifestations dans les cœurs des habitants de Bouar et des autres paroisses gérées par les Carmes. Par contre nous sommes fiers d’avoir porté aux oreilles des milliers de personnes, qu’en France il y a cent ans, mourait une jeune Carmélite cloîtrée dénommée Elisabeth de la Trinité, qui avait mis tout son soin à s’édifier en véritable «Maison de la Sainte Trinité». Au moment même, où nous bouclions le centenaire d’Elisabeth de la Trinité, entrait en jeu un autre centenaire. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’une sœur, mais d’un prêtre, Joseph KALINOWSKI (1835-1907). De nationalité polonaise, Joseph entre en religion à 42 ans et prend le nom de Raphaël de Saint Joseph. Trente ans au Carmel, n’ont pas été trop courts pour accomplir de grandes œuvres. Il réforma le Carmel polonais ; il parvint à se sanctifier personnellement et à rendre le témoignage qu’un bon prêtre doit rendre. Sa vie édifiait toutes les personnes qui l’avaient connu. Il rentra dans la maison du Père en 1907. Cela fait aujourd’hui cent ans. À l’occasion de la célébration du centenaire de la mort de l’homme qui a réformé le Carmel polonais, le Préposé Général s’est adressé à tous les filles et fils de Saint Thérèse de Jésus et de Saint Jean de la Croix. Il leur demande de profiter de cette occasion unique pour faire connaissance avec la vie de Saint Raphaël, de son œuvre, ainsi que de leur impact sur le Carmel et sur le Monde. Faisant suite à cette correspondance du Père Général, et après concertation de toute la communauté, le Père Fryderyk Jaworski a été désigné pour nous aider à pénétrer la vie et surtout les oeuvres du Rescapé de la Sibérie. Ce n’est pas le hasard qui a nommé le Père Fryderyk à la tête de la Commission du Centenaire de Saint Raphaël en R.C.A. Plusieurs facteurs sont intervenus pour nous conduire à ce choix. Le plus éminent de tous, est le fait qu’il ait vécu à Wadowice (Couvent où le Saint Carme rendit son âme) pendant sept ans, d’abord comme étudiant puis comme précepteur adjoint des étudiants. Dès son arrivée à la tête de cette commission, il s’est mis tout de suite à l’œuvre. Maintenant Il a déjà préparé quatre grands tableaux illustrant la vie du Saint de la ville de Jean Paul II. Depuis le foyer familial, en passant par l’école de Génie militaire, et la déportation en Sibérie jusqu’au Carmel, aucun aspect de sa vie n’a été passé sous silence. Ce sont ces quatre tableaux qui accueillent en premier les personnes qui viennent nous rendre visite à Saint Elie, car ils sont placés juste à l’entrée du Couvent. Le père projette d’animer des conférences et des journées de réflexion sur la vie et le message de Saint Raphaël, ainsi que leur impact sur le Carmel et le monde d’aujourd’hui. Et cela, dans toutes les maisons des Carmes que compte la délégation carmélitaine en République Centrafricaine. La première de ces Conférences a eu lieu en date du 04 janvier 2008 dans l’enceinte du Couvent Saint Elie. Devant toute la communauté réunie, Abuna Fryderyk a exposé ce que sera cette année jubilaire. Il a enchainé son exposé par un bref aperçu de la chronologie de la vie du Père de la Réforme Carmélitaine en Pologne. La vie de Saint Raphaël, son message et surtout son impact sur le Carmel et le monde d’aujourd’hui sont intéressants et riches en spiritualité. Ils mériteraient d’être approfondis, car somme toute, on se rend compte que les seules conférences et journées de réflexion qu’animera le Père Fryderyk sont loin d’exploiter toute la richesse que renferme la Spiritualité «Saint Raphaëlianiste». Cependant, il est évident que toute initiative qui va dans ce sens se heurte à des barrières linguistiques. Comment les transcender ? Apprendre le polonais comme Jean-Paul II a appris l’Espagnol pour lire les œuvres complètes de Saint Jean de la Croix ? Je ne crois pas que ce soit une bonne solution. A mon avis, la stratégie la plus praticable et qui rendrait service au plus grand nombre de fidèles, c’est de traduire les Œuvres Complètes de Saint Raphaël dans les langues les plus répandues sur la surface de la Terre, entre autres le français, l’anglais, l’espagnol et pourquoi pas en Italien et d’autres ? Aussi longtemps que le gros des Œuvres de Saint Raphaël restera dans sa langue d’origine (polonais), nous aurons beau être aussi entreprenants que nous le pouvons pour faire connaître au Monde sa pensée et sa spiritualité, le fruit de nos efforts sera toujours maigre pour ne pas dire indésirable.EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
Fr. Jean Paul Nzeyimana
L’année 2007 a été certes riche en événements au sein de l’Ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel. Mais le plus marquant de tous les événements est sans aucun doute la commémoration du VIII ème centenaire de leur Règle de Vie. A cette occasion le Général des Carmes de l’ancienne observance et celui des Carmes réformés, dans une correspondance conjointe se sont adressés «à tous les descendants des Saints Prophètes qui ont vécu sur le Mont Carmel et porté le Saint habit de la Bienheureuse Vierge Marie». Aux Ermites du Mont Carmel, une Règle de Vie fut donnée entre les années 1206 et 1214 par Saint Albert Avogadro, Patriarche de Jérusalem. De fait, dès leur arrivée sur le Mont Carmel les frères avaient construit et dédié à la Mère de Dieu une petite chapelle où ils pourraient chanter les offices. Cela constitue une preuve solide que la dévotion mariale au Carmel n’est pas quelque-chose d’ajoutée à sa spiritualité mais est fondamentale. Plus tard la même église sera à l’origine du nom qui sera attribué aux frères. De fait par privilège apostolique les ermites du Mont Carmel, ont été appelés dès leur arrivée sur cette Montagne «Frères de Notre Dame». Mais il faudra attendre le 13ème siècle pour que la bulle pontificale «Sacrasancte Romane Ecclesiae» d’Innocent IV leur donnât officiellement cette appellation en date du 26/08/1253. En 1215, se tint le IVème concile de Latran. Par le décret «Ne Nimium religionum diversitas» ce Concile interdit l’émergence de nouveaux ordres religieux. «Quiconque voudra entrer dans la religion qu’il embrasse des religions déjà approuvées». Ainsi la fondation de nouveaux ordres religieux était devenue impossible. Certains dignitaires de l’église palestinienne profitent de cette déclaration pontificale pour rendre difficile la vie des frères qui vivaient sur le Mont Carmel. Parfois, ils allaient jusqu’à les menacer de mort sans exclure l’éventuelle probabilité de les renvoyer de la Terre Sainte. Devant cette menace, les Carmes recourent à l’Autorité Pontificale d’Honorius III. Ils le prient de confirmer par un document officiel la légitimité de leur existence. En date du 30/01/1226, le souverain pontife réagit par une bulle pontificale. Dans cette bulle le Pape reconnaît que la présence des ermites carmes au pied du Mont Carmel est antérieure au concile général de Latran IV. Comme conséquence : ces frères peuvent garder et professer la règle que le Saint Patriarche de Jérusalem leur avait donnée bien avant l’événement de 1215. La règle des Carmes devait subir sa première modification, trois ans après l’approbation du Pape Honorius III. De fait, le Pape Grégoire IX, par une bulle pontificale, transcrit littéralement dans la règle des Carmes une partie de la constitution des Dominicains. Cette retouche du Pape éloigne un tout petit peu les Carmes de leur idéal monastique. En effet, par cette fameuse bulle les Carmes perdent le droit de propriété terrienne ce qui troubla leur stabilité monastique. Rappelons ici que les autres ordres monastiques plus anciens que le Carmel tel que la Chartreuse gardaient ce droit. Devant la volonté du Souverain Pontife les Carmes n’ont d’autres choix que de se tourner vers l’état de vie des Ordres Mendiants qui viennent à peine de voir le jour. Aux environs des années 1238, la situation sécuritaire en Palestine va de mal en pis. Devant cette situation critique certains de nos frères demandent d’émigrer dans leurs pays d’origine(Europe) où ils pourront vivre en toute sérénité l’idéal carmélitain. Le chapitre, tenu sur le Mont Carmel, donna son feu vert aux religieux qui tenaient à rentrer au bercail. Une fois arrivés en Europe, les Carmes furent mal accueillis presque par tout le monde. Du haut clergé jusqu’aux simples chrétiens en passant par le bas clergé et les princes, personne ne voulait voir les Carmes, même en fermant les yeux. A quoi était dû ce cauchemar ? A la base il y avait la Règle. De fait, cette Règle ne leur permettait pas d’avoir de propriétés terriennes dont l’exploitation pourrait subvenir à leurs besoins matériels. A la limite, cette Règle leur permettait d’ériger de nouveaux couvents, mais sous conditions : les établir toujours dans des lieux déserts. Somme toute, l’avenir du Carmel semblait incertain. La misère était devenue l’unique compagne quotidienne de nos frères. Petit à petit, les frères se rendent compte que leur manière de vivre ne répond plus aux besoins d’une Europe du XIIIème siècle. Alors que faire pour sauver le Carmel ? Il faut un Chapitre qui permettrait au Carmel de sortir de l’impasse. C’est dans ce sens que fut appelé à Aslesford en Angleterre le premier chapitre général de l’Ordre probablement en 1247. A l’ordre du jour : évaluer la situation générale de l’ordre et étudier les changements à y introduire pour que l’ordre soit à la hauteur des besoins du peuple et de l’Eglise européenne du XIIIème siècle, et par dessus tout, permettre aux Carmes de vivre leur idéal au sein de cette société en profonde mutation tant culturelle qu’économique. Au sortir de ce chapitre, une ambassade fut envoyée auprès du Pape Innocent IV, qui résidait, à cette époque là, à Lyon. Les envoyés des frères Carmes demandent au Pape l’autorisation d’adapter leur règle aux besoins de la réalité européenne. Pour trancher cette question, le Pape mit en place une commission pilotée par deux frères prêcheurs. C’est ainsi que fut fixé le texte définitif qui règle la vie religieuse au Carmel tel qu’il est en vigueur jusqu’à l’heure actuelle. Par une Bulle Pontificale, «Quae Honorem Conditoris» le Pape Innocent IV approuve ce texte solennellement en date du 1/10/1247. La brièveté, l’équilibre et la densité qui caractérisaient le premier texte furent en tout respectés ainsi que les nombreuses citations de la Sainte Ecriture qui jalonnaient ce texte. Cela pour dire que «l’esprit et la substance de la règle primitive ont été respecté». Les seules modifications qui y sont apportées ne visaient que des structures extérieures qui permettraient aux frères de Notre Dame du Mont Carmel de vivre leur idéal de vie consacrée au sein d’une société en mutation profonde. En substance la règle que nous professons aujourd’hui est la même que les premiers Carmes ermites professaient il y a huit siècles. A l’occasion de la célébration du huitième centenaire de cette règle, les Généraux des Frères Carmes et des Carmes Déchaux se sont adressés à tous les fils et filles du Carmel dans une correspondance conjointe. Dans cette lettre, les Généraux se sont abstenus de dresser un bilan de ce qu’a été la vie au Carmel depuis la réception de cette règle jusqu’à aujourd’hui. Au contraire, ils ont mis tout leur soin à rappeler à tous les enfants de la Vierge Marie du Mont Carmel de venir se ressourcer à cette fontaine intarissable «Chers frères nous voudrions vous convoquer symboliquement au pied de la montagne en Union avec cette nuée de témoins qui au long de ces huit siècles ont puisé leur vitalité spirituelle à cette même source afin de renouveler notre alliance de fidèle service et d’obéissance totale à Jésus-Christ». Ce retour à la source, comme nous le montre la suite de cette correspondance, n’est possible que s’il est accompagné d’une volonté ferme de s’identifier et de se soumettre à Jésus, centre de notre Règle et de toute la vie carmélitaine. De fait, l’existence d’un oratoire au milieu de nos couvents ne signifie rien d’autre que cette volonté de vivre dans la dépendance du Christ en faisant de l’Eucharistie la clé qui ouvre et qui ferme nos journées de travail. La Règle appelle à faire durer cette Eucharistie tout au long de nos journées par une méditation assidue de la Parole de Dieu, afin que dans une solitude spirituelle et dans le silence nous soyons habités par la Parole de Dieu. Cette loi n’est pas hors de notre portée humaine, en témoignent des milliers de frères qui ont consumé toute leur vie dans l’observance farouche de cette règle. Pour cela, nous tous, filles et fils de Notre Dame du Mont Carmel nous sommes appelés à imiter la vie qu’ont menée nos Saints Parents en encrant profondément le mystère de l’Eucharistie dans notre vécu quotidien pour qu’elle éveille en nous des saintes pensées. Personne ne se fait Carme pour lui-même. Les Carmes sont avant tout des fils de l’Eglise et sont appelés, non seulement, à l’aimer comme une Mère, mais aussi à la faire aimer aux autres. Dans l’expérience mystique nous devons puiser la force qui dilate nos cœurs et doit nous porter à la propagation de la parole de Dieu, nous rappellent les Généraux. En imitation aux Saints du Carmel, les Généraux nous ont appelés, encore une fois de plus, à aimer notre prochain, surtout à nous soucier du bien de leurs âmes au prix de n’importe quel sacrifice. N’est ce pas notre Sainte Mère Thérèse de Jésus qui disait qu’elle n’hésiterait aucune seconde à sacrifier mille âmes pour en sauver une seule ? Cela veut dire que la prière carmélitaine doit avant tout être apostolique. Elle doit être une manière ou une façon de transmettre aux autres les richesses spirituelles que nous puisons dans une oraison perpétuelle. L’oraison perpétuelle est la seule arme à la disposition des Carmes avec laquelle nous pouvons nous engager dans la lutte d’édification d’un monde juste, fraternel et amical, valeurs auxquelles le monde d’aujourd’hui accorde une place très limitée. Notre Dieu mérite certes un chant d’action de grâce pour tout ce qu’Il a fait et fait encore pour le Carmel. Mais quelle est la meilleure façon de le faire ? Désirer être remplis d’amour et de passion pour le Seigneur à l’exemple de nos saints parents pour être habités par la parole de Dieu. Vivre dans la dépendance du Christ, est et restera pour toujours la meilleure façon de rendre grâce à Dieu pour le bien qu’Il a fait au Carmel et à ses enfants depuis huit siècles.Fr. Jean Paul Nzeyimana
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